STANZE
Par le Philosophe Inconnu
1.
Fiaccola sovrannaturale che vien dapparirmi.
Con te si spiega infine lenigma del mio essere.
È poco che il tuo calore ti mostra al mio spirito
Come un torrente di fuoco che mai viene meno;
Io leggo allo splendore di questo fuoco che millumina,
Chio sono emanato dalla sua propria luce;
Che di celesti luoghi, cittadino immortale,
I miei giorni sono il vapore del giorno dellEterno.
Flambeau surnaturel qui vient de m'apparaître,
Par toi s'explique enfin l'énigme de mon être.
C'est peu que ta chaleur te montre à mon esprit
Comme un torrent de feu qui jamais ne tarit ;
Je lis à la splendeur de ce feu qui m'éclaire,
Que je suis émané de sa propre lumière ;
Que de célestes lieux, citoyen immortel,
Mes jours sont la vapeur du jour de l'Eternel.
2
Che tutto ceda allo splendore che il mio titolo mimprime!
Niente può eclissare il raggio che mi anima;
E voler attentare alla sublimità,
È far oltraggio, anche alla Divinità.
Io ne attesto quei diritti di cui la verità santa
Nelluomo incorporeo volle incidere limpronta,
Allorché lo fece nascere nel seno delle sue virtù.
Io ne attesto quelle parole nel suo tempio udite.
Que tout cède à l'éclat que mon titre m'imprime !
Rien ne peut éclipser le rayon qui m'anime ;
Et vouloir attenter à la sublimité,
C'est faire outrage, même à la Divinité.
J'en atteste ces droits dont la vérité sainte
Dans l'homme incorporel voulut graver l'empreinte,
Lorsqu'elle le fit naître au sein de ses vertus.
J'en atteste ces mots dans son temple entendus
3.
« Simbolo radioso della mia onnipotenza,
« Uomo, chio ho formato della mia più pura essenza,
« Conosci la maestà della tua elezione.
« Sio verso su te la mia segreta unzione,
« È per conferirti limportante ministero
« Desercitar la giustizia in mio nome sulla Terra;
« Di portar la mia luce ove domina lerrore,
« E desprimer ovunque dei tratti della mia grandezza. »
« Symbole radieux de ma toute-puissance,
« Homme, que j'ai formé de ma plus pure
essence,
« Connais la majesté de ton élection.
« Si je verse sur toi ma secrète onction,
« C'est pour te conférer l'important ministère
« D'exercer la justice en mon nom sur
« De porter ma lumière où domine l'erreur,
« Et d'exprimer partout des traits de ma
grandeur. »
4.
Elementi incatenati nei vostri atti servili,
Seguite ciecamente i vostri ciechi motori,
Voi non condividete le funzioni degli Dei.
Luomo qui gode solo di quel diritto glorioso
Desser amministrator della saggezza stessa,
Dattirare gli sguardi di questo sole supremo
Di cui lo splendor penetrando limmensità dellaere,
Viene a segnalar nelluomo un Dio per luniverso.
Éléments enchaînés dans vos actes
serviles,
Suivez aveuglément vos aveugles mobiles,
Vous ne partagez point les fonctions des Dieux.
L'homme ici jouit seul de ce droit glorieux
D'être administrateur de la sagesse même,
D'attirer les regards de ce soleil suprême
Dont la clarté perçant l'immensité des airs,
Vient signaler dans l'homme un Dieu pour l'univers.
5.
Luomo un Dio! Verità! Non è un incantesimo?
Come! Luomo, questo Dio, questo sorprendente prodigio
Languirebbe nellobbrobrio e la debolezza!
Un potere nemico della sua autorità
Saprebbe sottrargli, nel recinto etereo,
I suoni armoniosi della lira sacra!
E tenendolo prigioniero nel limite dei sensi
Glimpedirebbe darrivare a questi divini accenti!
L'homme un Dieu! Vérité! N'est-ce pas un
prestige ?
Comment! L'homme, ce Dieu, cet étonnant prodige
Languirait dans l'opprobre et la débilité !
Un pouvoir ennemi de son autorité
Saurait lui dérober, dans l'enceinte
éthérée,
Les sons harmonieux de la lyre sacré !
Et le tenant captif dans la borne des sens
L'empêcherait d'atteindre à ces divins
accents !
6.
« Un tempo stabilito su tutto ciò che respira,
« egli dettava, sotto i miei occhi, la pace al suo impero:
« Oggi soggiogato dai suoi antichi soggetti,
« sta a lui di venir loro a domandar la pace.
« Un tempo egli attingeva al fiume salutare
« che scaturiva alla mia voce per fecondar la terra;
« Oggi, quandegli pensa a fertilizzarla,
« non è che coi pianti che può irrigarla.
« Autrefois établi sur tout ce qui respire,
« Il dictait, sous mes yeux, la paix à son
empire :
« Aujourd'hui subjugué par ses anciens sujets,
« C'est à lui de venir leur demander la paix.
« Autrefois il puisait au fleuve salutaire
« Qui sourçait à
ma voix pour féconder la terre ;
« Aujourd'hui, quand il songe à la fertiliser,
« Ce n'est qu'avec des pleurs qu'il la peut
arroser.
7.
« A nessun altro che a lui non imputar il suo supplizio;
« È lui che provocò i colpi della mia giustizia:
« È lui che, rinunciando a regnar con la mia legge,
« Invocò la menzogna e sarmò contro di me.
« Ingannato in una speranza chegli fondò su un crimine,
« Il Prete dellidolo ne divenne la vittima;
« E la morte, questo sol frutto del culto dei falsi Dei:
« Fu il prezzo dellincenso chegli bruciò dinanzi ad essi. »
« A nul autre qu'à lui n'impute son supplice ;
« C'est lui qui provoqua les coups de ma
justice :
« C'est lui qui, renonçant à régner par ma
loi,
« Invoqua le mensonge et s'arma contre moi.
« Trompé dans un espoir qu'il fonda sur un
crime,
« Le Prêtre de l'idole en devint la victime ;
«
Et la mort, ce seul fruit du culte des faux
Dieux :
« Fut le prix de l'encens qu'il brûla devant
eux. »
8.
Eterno, gli umani fatti tutti a tua immagine,
Avrebbero essi per sempre degradato la tua opera?
I tuoi figli sarebbero essi a questo punto corrotti,
Che non potendo rinascere al nome delle tue virtù,
Avrebbero abolito il tuo più santo carattere,
Il tuo più bel diritto, quello desser chiamato loro padre?
E vedrebbero essi cadere nella caducità
Un nome che trasmettesse loro la tua immortalità?
Éternel, les humains faits tous à ton image,
Auraient-ils pour jamais dégradé ton ouvrage ?
Tes enfants seraient-ils à ce point corrompus,
Que ne pouvant renaître au nom de tes vertus,
Ils eussent aboli ton plus saint caractère,
Ton plus beau droit, celui d'être appelé leur père ?
Et verraient-ils tomber dans la caducité
Un nom qui leur transmit ton immortalité ?
9.
Io appresi, quandabitavo nella tua ineffabile gloria,
Che il tuo amore, comessa, era inalterabile,
E che non sapeva limitare i suoi favori;
Dio santo, vieni a confermare questi antichi decreti;
Ai tuoi primi doni unisci dei favori nuovi
Che minsegnino ancora a marciar sotto le tue ali,
E maiutino a compiere questo superbo destino
Che distingueva il mio essere uscendo dal tuo seno.
J'appris,
quand
j'habitais dans ta gloire ineffable,
Que ton amour, comme elle, était
inaltérable,
Et qu'il ne savait point limiter ses
bienfaits ;
Dieu saint, viens confirmer ces antiques décrets ;
A tes premiers présents joins des faveurs nouvelles
Qui m'enseignent encore à marcher sous tes ailes,
Et m'aident à remplir ce
superbe destin
Qui distinguait
mon être en sortant de ton sein.
10.
« Se il fuoco dei vulcani compresso nelle sue voragini
« dai macigni, dai torrenti, dai metalli e gli zolfi,
« Sirrita, lincendia e li dissolve, perché
« Non sai tu cogliere questa parlante legge?
« Uomo timido, opponi un vigore costante
« A questi ferri sì molesti di cui il peso ti tormenta:
« Tu potrai separare i loro mortali elementi
« E lasciar lungi da te i loro grossolani sedimenti.
« Si le feu des volcans
comprimé dans ses gouffres
« Par les rocs, les
torrents, les métaux et les soufres,
« S'irrite, les embrase et
les dissout, pourquoi
« Ne sais-tu pas saisir cette
parlante loi ?
« Homme timide, oppose une
vigueur constante
« A ces fers si gênants
dont le poids te tourmente :
« Tu pourras
diviser leurs mortels éléments
« Et laisser loin de toi
leurs grossiers sédiments.
11.
« Quando il lampo imponente, precursore del tuono,
« Saccende, e che a un tratto infiammando latmosfera,
« Annuncia il suo padrone alle regioni dellaere;
« Questopera è la tua, e questo rapido lampo,
« Sei tu che ho lanciato dallalto dellEmpireo;
« Sei tu che, dal sommo della volta azzurra,
« Vieni, come un dardo, a colpire sui terrestri luoghi,
« E devi per lo stesso contraccolpo rimbalzare fino ai cieli.
« Quand l'éclair
imposant, précurseur du tonnerre,
« S'allume, et que soudain
enflammant l'atmosphère,
« Il annonce son maître
aux régions de l'air;
«
Cette oeuvre c'est la
tienne, et ce rapide éclair,
« C'est toi que j'ai lancé
du haut de l'Empyrée ;
« C'est toi qui, du sommet
de la voûte azurée,
« Viens, comme un trait,
frapper sur les terrestres lieux,
«
Et dois du même choc
rejaillir jusqu'aux cieux.
12.
« Luomo è il senso reale di tutti i fenomeni.
« La loro dottrina è senzarte; lungi dalle dispute vane,
«La natura ovunque professa in azione;
« Lastro del giorno ti dipinge la tua destinazione:
« Fra gli animali tu trovi la prudenza,
« La dolcezza, il coraggio e la perseveranza;
« Il diamante tistruisce con la sua limpidezza,
« La pianta coi suoi succhi, loro con la sua invariabilità.
« L'homme est le
sens réel de tous les phénomènes.
« Leur doctrine est sans art ; loin des disputes vaines,
« La nature partout professe
en action ;
« L'astre du jour te peint ta
destination :
« Parmi les animaux tu
trouves la prudence,
« La douceur, le courage et
la persévérance ;
« Le diamant t'instruit par
sa limpidité,
« La plante par ses sucs,
l'or par sa fixité.
13.
« Ma è poco per il mio piano che in te tutto corrisponda
« A questi segni diversi che compongono il mondo,
« La mia scelta sacra ti chiama ancora a deglaltri diritti;
« Essa vuole, regolando i tuoi passi su delle più vaste leggi,
« Che il tuo nome sia il tuo scettro e la terra il tuo trono,
« Che deglastri brillanti ti servano da corona,
« Tutto luniverso, da impero; e che unillustre corte
« Delinei intorno a te il celeste soggiorno. »
« Mais c'est peu pour mon
plan qu'en toi tout corresponde
« A ces signes divers qui
composent le monde,
« Mon choix sacré
t'appelle encore à d'autres droits ;
« Il veut, réglant tes pas
sur de plus vastes lois,
« Que ton nom soit ton
sceptre et la terre ton trône,
« Que des astres brillants
te servent de couronne,
« Tout l'univers, d'empire ; et qu'une illustre cour
« Retrace autour
de toi le céleste séjour. »
14.
La sua voce mi rigenera! Agenti incorruttibili
Di questo Dio che riempie le vostre dimore quiete,
Condividete i miei trasporti; sì, segli sembra geloso,
È di rendermi felice e saggio come voi;
È di giustificare la mia sublime origine;
È daprire i tesori della mia sorgente divina,
Perché noi andiamo tutti ad attingervi, di volta in volta,
I frutti della sua scienza e quelli del suo amore.
Sa voix me régénère!
Agents incorruptibles
De ce
Dieu qui remplit vos demeures paisibles,
Partagez mes
transports ; oui, s'il paraît jaloux,
C'est de me rendre heureux et sage comme vous ;
C'est de justifier ma
sublime origine ;
C'est d'ouvrir les trésors
de ma source divine,
Pour que
nous allions tous y puiser, tour à tour,
Les fruits de sa science et
ceux de son amour.
15.
Se questamore, malgrado la distanza dove noi siamo,
Vi ha fatto talvolta discendere accanto a degluomini,
Non può esso pure per i suoi diritti virtuali,
Fino alle vostre regioni elevare dei mortali?
Esso unisce tutto: amici, che nulla ci separi;
Il mio essere vuole seguirvi ai cieli, nel Tartaro;
Esso vuole mescolare i suoi canti con i vostri inni santi,
E sedere con voi al consiglio dei destini.
Si cet amour, malgré la distance où nous
sommes,
Vous a fait quelquefois descendre auprès des
hommes,
Ne peut-il pas aussi par ses droits virtuels,
Jusqu'à vos régions élever des mortels ?
Il unit tout :
amis, que rien ne nous sépare ;
Mon être veut vous suivre aux cieux, dans le
Tartare ;
Il veut mêler ses chants avec vos hymnes
saints,
Et siéger avec vous au conseil des destins.
16.
Tu trionfi, io sento la voce dei tuoi oracoli,
Oh verità! Io mi commuovo a questi viventi spettacoli
Dove locchio e il quadro, condividendo il tuo splendore,
Sono animati tutti e due dalla tua divinità;
Sembra, ammirando questi focolari di luce,
Dove la tua eternità fissò il suo santuario,
Che i sentieri del tempo, sabbassino davanti a me,
E che nellinfinito io mi lanci accanto a te.
Tu triomphes, j'entends la voix de tes oracles,
Oh vérité! Je touche à ces vivants
spectacles
Où l'oeil et
le tableau, partageant ta clarté,
Sont animés tous deux par ta divinité ;
Il semble, en admirant ces foyers de lumière,
Où ton éternité fixa son sanctuaire,
Que les sentiers du temps, s'abaissent devant
moi,
Et que dans l'infini ie m'élance après toi.
____________________
IL
CIMITERO
DAMBOISE
Amo portare i miei passi nellasilo dei morti.
Là, morendo alla menzogna, mi occorrono meno sforzi
Per comprendere la loro lingua e cogliere il loro pensiero,
Poiché i morti non lhanno, questidea insensata,
Che tutto sestingue nelluomo. In essi, tutto è vivente.
Per essi, più silenzio. Intorno ad essi si sentono
I singhiozzi del peccatore; i furori dellempio;
I cantici del saggio; e la dolce armonia
Di coloro di cui lamicizia, lo zelo e la virtù
Non hanno formato che un solo cuore mentre hanno vissuto.
Uomo, è quaggiù che ha preso origine,
Questo nulla in cui si vuol condannare la tua essenza;
Ed è il tuo proprio errore che ad esso serve da sostegno.
Tu sai tutto! Tu puoi tutto! E tu puoi non esser nulla!
Non esser nulla! E cogliere e giudicare la luce!
Lascia alluomo smarrito questi sogni della Terra:
Noi non eravamo che assopiti nei nostri corpi tenebrosi.
Quando il tempo ci strappa ai loro resti fangosi,
Lora che ci risveglia è unora eterna.
Oh giusto, quali trasporti! Quale nuovo splendore!
Tu prendi un altro corpo, al crogiolo della tomba;
Un vivo lampo, sempre più brillante e più bello;
Un colpo docchio più penetrante; una voce più sonora;
Un cuore anche più puro. Così quandio evaporo
Questi fluidi grossolani in cui il sale è prigioniero,
Il suo fuoco riprende la sua forza e diviene più attivo.
Su questo poggio, vicino al luogo che mi ha visto nascere,
Erravo solo. Le nostre tombe, per questo sito campestre,
Mispiravano unattrattiva dolce e religiosa.
Saggio Burlamaqui, è non lungi da questi luoghi,
Che tu santificasti laurora dei miei anni;
Che un fuoco sacro, uscito dalla tua profonda opera,
Scuotendo tutto il mio corpo di santi fremiti,
Della giustizia, in me, incise le fondamenta:
Favori, nella mia primavera, sì nuovi e sì divini!
Ma che nascondevano, ahimè delle cocenti spine!
Il tempo le fece schiudere. Perciò meditavo
Sui nostri giorni di dolore. Pensoso, misuravo
Questo lungo accecamento che si chiama la vita.
Quali tormenti! Quali disgusti! Nella mia melanconia,
Non distinguevo nulla. Tutto intorno a questi campi,
Appena vedevo questi giardini eleganti,
Dove Choiseul dispiegò il fasto e lopulenza,
Queste modeste rupi che lindigenza abita;
Questo celebre castello che vide nascere un tempo
Le sventure troppo famose del regno dei Valois.
Un lutto mi sembrava pure, Oh dolente natura,
Velare tutti questi tesori, con cui tu fai il tuo ornamento;
Queste messi, queste foreste, questi animali sparsi,
Questo fiume, questo bel cielo offerto ai miei sguardi.
Felice chi può ancora, contemplando le tue opere,
Attingervi ogni giorno sublimi immagini;
E sapendo diffondervi un brillante colorito,
Commuover tutti i cuori, toccandone gli spiriti!
Ma, uomo, caro oggetto della mia sollecitudine,
Sei tu che minterdici questattraente studio;
È la tua mano che coprì la natura di lutto,
E che fece del suo trono un lugubre feretro;
E quando tutto mi è tolto in questo luogo di miseria,
La tua ragione, aggravando il dispiacere che mopprime,
Vuol ancora chiudermi la via del tuo cuore,
E lasciar nel mio isolarsi il mio dolore.
Della sorte, comparavo i diversi capricci,
I successi, i rovesci, i vantaggi, le ingiustizie,
Ciecamente, uscendo dalle sue cieche mani,
Ciecamente, seguendo i ciechi umani.
Triste, io mi dicevo: senza una legge comune,
Che sola bilanciasse questi giochi della fortuna,
E che unendoci con un destino uguale,
Nella nostra oscurità ci servisse da fanale.
Luomo non saprebbe più qual è la sua origine;
Credendosi separato dalla sorgente divina,
Egli si creerebbe degli Dei e i suoi voti imprudenti,
Agli astri, alla sorte, offrirebbero il suo incenso.
Ma questa severa sentenza che una legge sovrana
Pronuncia con fragore, alla famiglia umana;
Questo decreto che dice solamente a noi: tu devi morire;
E che noi soli sappiamo prima di subirlo,
A simili traviamenti, oppone la sua barriera,
E diffonde sul nostro essere una viva luce.
La morte forzandoci alla fraternità,
Vuol raffigurare al nostro spirito questa santa unità,
Ove lamor ci attende; ove la pietà brilla;
Ove, in un soggiorno puro, il padre di famiglia,
Prodigando dei tesori incessantemente rinascenti,
Si compiace di confondersi con tutti i suoi figli;
E non vè nulla che con essi il suo cuor non condivida.
Dalla natura prendiamo qui testimonianza:
Il tuo corpo è il prodotto delementi concentrati,
Che della loro libertà sembran essere frustrati.
Ciascuno dessi, abbandonando la forma corporea,
Per gradi va a trovare la sua base originale.
Se in noi esiste un elemento divino,
Per esso la stessa legge porta allo stesso fine.
Noi veniamo dagli Dei quando ci si decompone;
E per luomo la morte è unapoteosi.
Così questunità ricompare ai nostri occhi;
E se noi non possiamo che vederla che nei cieli,
Qui, in questo decreto, la sua immagine è presente.
Chi non vi vedrebbe pure una mano beneficente?
Luomo legge la sua sentenza fin dai suoi primi istanti,
Perché novello levita, mediti a lungo,
In questo libro sacro, le leggi dei sacrifici,
E sistruisca a qual prezzo essi divenivano propizi.
Queste leggi, nellanimale, non hanno nulla da rianimare;
Esso ignora la sua morte, esso non sa amare.
Cosa sarebbe dunque per esso questa eloquente immagine
Di cui non è ammesso a comprenderne luso?
Ma tu, mortale, ma tu che, sotto dei tratti diversi,
Hai visto questunità nelluomo e luniverso;
E non puoi nulla toccare che non te la riveli,
Come giustificare il tuo errore criminale?
Nei tuoi vasti progetti, nei tuoi nobili sforzi,
Il tuo pensiero è sempre lidolo del tuo corpo;
È sempre allo spirito che tu ti sacrifichi;
Tu vai mostrando ovunque degli Dei e dei Geni;
Consacrando ogni oggetto, ogni giorno, ogni luogo,
Divinizzando tutto infine, eccetto Dio.
Io maccosto in questi momenti al tempio funerario:
Oh morti, consolatemi nella mia tristezza amara;
Io non posso che a voi soli confidare i miei affanni.
Essi non mi crederebbero, gli sventurati umani,
Sio ad essi dipingessi le loro profonde ferite.
Fieri nel loro sdegno, ostinati nel loro mormorio,
Cosa produrrebbero su essi le lacrime dun mortale!
Là, la mia inclinazione mi trascina a prender per altare,
Qualcuna di queste tombe, di cui il recinto è pieno.
Lessere di cui la spoglia vi dorme sepolta,
Doveva servir dofferta; uninvisibile mano,
Senza dubbio, mi guidava in questo pio disegno.
La mia scelta non cadde su coloro che la nascita,
La fortuna, lorgoglio duna vana scienza,
Avevan circondato duna falsa gloria;
Avrei temuto che in essi qualche difformità,
Qualche macchia non avesse fatto rigettar la mia offerta.
Per averla pura, così come la legge lo domanda,
Un movimento segreto fece piegar la mia scelta
Sul giovane Alexis, un umile contadino,
Che, nella pietà, nel lavoro, nella miseria,
Veniva a terminare una breve carriera.
Questo nuovo Geremia inondò dei sui pianti,
Questi campi in cui, ogni giorno, egli versava i suoi sudori;
Questi campi in cui, ora, la sua spoglia riposa.
I nostri errori, i nostri pericoli ne erano soli la causa.
Non erano i suoi mali: egli si trovava contento.
Sventurato bracciante; tuttavia attivo, paziente,
Malgrado il suo infortunio, si sa nella contrada,
se mai, nel suo cuore, il lamento fosse entrato:
Ciascuno lo guardava come un angelo di pace.
I poveri, frequentemente, sperimentando i suoi favori,
Ricevevano dalla sua mano la propria sussistenza.
E quando noi gli dicevamo: Alexis, la prudenza
Ti permetterebbe dagire meno generosamente,
Il sensibile Alexis rispondeva piangendo,
Così come quellIndiano al buon missionario:
Badate che Dio con questo diviene il mio tributario.
Tale era questagnello che, da me, fu scelto.
Nello zelo ardente di cui il mio cuore è colto,
E quale zelo mai apparve più legittimo!
In ispirito, accanto a me, io mi raffiguro la vittima;
La mia mano la cosparge dolio e la copre di sale;
I miei desideri e i miei pianti mi servono dacqua lustrale.
E presto dal mio seno, un lungo sospiro sesala:
« Dio damore e di pace, che nelluomo hai seminato
Dei germi della tua gloria e che lhai formato
sol per coltivarli; in te, ti scongiuro
Di prestarti ai miei voti, se la vittima è pura.
Questi morti che son qui, che, dei loro tristi giorni,
Sotto locchio della tua giustizia, han compiuto il corso,
Non potrebbero essi servir ai piani della tua tenerezza!
Per guarire i tuoi figli, oh profonda saggezza,
Non è tutto nel numero dei tuoi potenti mezzi!
Alzatevi, morti, oh voi, miei veri concittadini;
Dio lo permette, abbandonate il soggiorno della vita;
Rivedete un istante la vostra umana patria,
I vostri amici, i vostri parenti; che tutti, in queste circoscrizioni,
Mediante voi, dalla saggezza, apprendano le lezioni!
Il sepolcro, aprendosi ai loro fragili resti,
Un giorno inghiottirà le loro passioni funeste.
Essi vi vedranno dormire, accanto allassassino,
Quelli ai quali il suo furore avrà trafitto il seno;
Lindigente famelico accanto allavaro
Che lavrà respinto nel suo barbaro sdegno;
Accanto allingrato il suo zelante benefattore,
E linnocente accanto al suo persecutore.
Venite ad esporre loro questi quadri profetici;
Presentate ai viventi queste lezioni pacifiche,
E che tutti, fin da questo mondo, ne siano altrettanti amici. »
Una voce, che io prendo per quella dAlexis,
Dallalto, sul mio altare, improvvisamente sembra discendere;
Fin nel profondo del mio cuore essa si fa sentire;
Lascoltai parlare, pieno dun santo spavento;
Essa sembrava dirmi: « Amico, rassicurati,
I tuoi voti sono puri; il Dio damore e di giustizia,
Con uno sguardo favorevole a visto il tuo sacrifico.
Fino al più alto dei cieli il tuo incenso è salito;
E non sarà alla tua sola città
Che i morti presteranno il loro appoggio salutare.
Un giorno essi percorreranno tutti i luoghi della Terra,
Per aiutare il suo coraggio nei tempi disastrosi.
Liniquità saccresce; quei suoni ingiuriosi,
Quelle bestemmie uscite dal seno dellarroganza,
Presto, del cielo stesso, armeranno la potenza.
In quei giorni sventurati, ovunque laria gemerà;
Gli astri piangeranno; il marmo si lamenterà;
Dalla forza del fuoco le acque saranno prosciugate;
Dalla forza dei venti nasceranno mille incendi,
Tutti i vulcani del globo ad un tempo vomiteranno;
Gli elementi in guerra, tra essi si urteranno;
Tutti prendono la parola e spaventosi segni,
Ai malvagi insegneranno di qual sorte essi son degni.
Alexis che tannuncia oggi questi flagelli,
Vivente, non era solo a piangere tutti questi mali;
E pur ancora conta fra le mura della tua città,
Tre fratelli di dolore. Egli mille ne conterebbe
Che vegliano in Francia. Nessuna nazione,
Si può dire, nessun luogo, che non abbia parte a questo dono.
Dio non sorprende mai e la sua bontà suprema,
Senza posa, ai mortali raffigura il loro pericolo estremo.
« Tu dunque, che rendi i morti testimoni dei tuoi tormenti,
Che le tue lacrime pure sindirizzino ai viventi;
Che luomo del torrente intenda il tuo linguaggio;
Lopera è grande: essa deve infiammare il tuo coraggio.
Essa
è
La sete della giustizia e della verità!
La saggezza ti vede: la sua bontà paterna,
Nel suo spirito di pace, dirigerà il tuo zelo ».
Questo discorso, i miei desideri, colui che mi parlava,
Tutto, in me, faceva nascere un fuoco che mi bruciava,
Ma duna fiamma al mondo, ahimè, troppo sconosciuta.
La mia lingua era muta. Alexis continuò:
« Ai dotti della Terra esponi i loro errori;
Nel loro cuore, se è possibile, fai passare i tuoi dolori:
Chessi presentino con questo questepoca futura! »
« Di loro: Voi che vegliate accanto alla natura,
Compasso alla mano; voi, di cui le arti diverse
Sanno pesare, numerare, misurare luniverso,
Credete voi che colui da cui esso ha avuto origine,
Si limiti a domandare alla vostra intelligenza,
Di delinearne la figura? Alle vostre potenti matite
Non avrebbe egli offerto che le dimensioni?
E non siete voi incaricati da lui che di descrivere
Le mura di questo palazzo, chegli si compiacerebbe di costruire?
Quale artista potrebbe limitare i suoi successi,
Dipingendo degli eroi, schizzando i loro tratti?
Non si sforza egli di mostrarci delineati,
La loro anima per intero e i loro grandi pensieri,
Affinché incantandoci con questo dolce magismo,
Il loro spirito ci attiri e si unisca con noi?
E colui che del mondo ordinò la struttura,
Non troverebbe presso di voi né pittore, né pittura !
No, questi maestosi e sublimi disegni
Chegli concepì formando questopera delle sue mani,
Queste forze animate della natura intera,
Questa parola dordine che luomo, nel seno di questa Terra,
Prende da Dio ogni giorno; questo segno solenne
Che deve preservarla nel nome dellEterno:
Sapienti, stava a voi desporre queste meraviglie;
Ecco ciò che la sua gloria attendeva dalle vostre veglie.
Ma cosa ne ricava egli dalle vostre descrizioni?
Mentre voi venite dalle vostre lunghe lezioni,
Senza nutrire i nostri spiriti, a caricare la nostra memoria,
Egli rimane senza corona e digiuno della sua gloria ».
« E la triste natura in preda a tutti i mali;
Essa che dalle vostre cure attendeva il riposo;
Che luomo ha potuto immergere nel lutto e nel tormento,
È forse pesando i suoi ferri, è misurando la sua catena,
Che voi farete ritornare i suoi giorni di libertà,
E la consolerete della sua vedovanza?
La fiaccola del sole, se brilla nel mondo,
È meno per illuminarlo che per fecondarlo ».
« Di loro: Questuniverso che, malgrado il suo languore,
È il solo vostro mezzo per provare il suo autore,
Non ci mostra di Dio che la minima potenza.
Il suo amore, la sua saggezza e la sua intelligenza,
Noi lignoreremmo se il nostro essere divino
Non servisse da specchio a questo Dio sovrano;
E siete voi che dovreste, in questo specchio fedele,
Indicarci i tratti del supremo modello;
Ma questuomo, il vostro occhio non vi vede che oscurità;
Voi non avete ancora pesato le sue facoltà:
Pretendete subito, che lidea è innata;
Subito, che dai sensi essa ci è data.
Lidea, oggetto profondo che vi divide tutti,
Non è innata in voi, ma accanto a voi.
Questi animali, questi frutti, di cui la più pura essenza,
Prestandovi il suo concorso, sostiene la vostra esistenza,
Sono pure come innati accanto al vostro corpo.
Sono innati in esso? No, ma grazie alle forze
Di cui la saggia natura ha provvisto le vostre viscere,
Queste sostanze per esso non sono estranee.
I suoi succhi con i loro succhi possono allearsi,
E il vostro sangue infine appropriarseli:
Dei vostri dubbi con questo i limiti son fissati.
Voi nascete, voi vivete al centro dei pensieri;
E ciò che vi fa uomo, è il diritto meraviglioso
Dammettere in voi questi frutti; di formare con essi
Un dolce legame, fondato sulla vostra analogia;
Dandare con questo titolo, alle porte della vita,
Farvi consegnare questo pane dogni giorno,
Che incessantemente rinasce nelleterno amore.
Ma soprattutto fatevi uno spirito abbastanza saggio,
Per discernere i frutti di cui voi fate uso,
Quanti frutti poco maturi, corrotti, velenosi !
Le sabbie del mare non sono più numerose ».
« Di loro: Luomo è ben grande, il suo spirito vi perdona
Lequivoco in cui, su di lui, il vostro sabbandona:
Egli non soffende delle grida dun popolo bambino.
Mentre la vostra voce lo condanna al nulla,
Egli pensa, saffranca dal giogo pesante delle ore;
Percorre liberamente le celesti dimore,
Quei luoghi in cui la felicità non si sospende mai.
Quandegli sè ringiovanito in questo soggiorno di pace,
Ritorna a contemplare questi sorprendenti prodigi,
Di cui luniverso al saggio offre ancora le vestigia;
Col consenso del padrone egli può avvicinarli;
Ha diritto di vederli; anche di toccarli,
Delettrizzarli con la sua viva influenza,
E di farne scaturire dei tratti della sua potenza ».
« Di loro: Voi vedete là il culto sovrano,
Che del supremo amor, fu il primo fine.
Quando questo germe fecondo ricevette lordine di manifestarsi,
I libri, gli scritti non esistevano ancora.
Esso è il testo madre, e le tradizioni
Non ne sono che dei riflessi e delle traduzioni.
Questo culto fu fondato sulluomo e la natura.
È un apparato vivo, ricalcato sulla ferita;
E della guarigione essendo il vero canale,
Esso dovette prendere limpronta e le forme del male.
Dabusi fatti in suo nome, un torrente cinonda:
Ma voi che vi presentate per le fiaccole del mondo,
Non andate più ripetendo che ogni culto pio,
Non è e non fu mai che superstizioso.
Le basi ormai ne sono giustificate:
Se il mondo è pieno derrori santificati,
Se dappertutto limpostura aggiunge a questi abusi,
Ogni traviamento, dalla loro sorgente, è un testimone in più:
Luomo che, ogni giorno, ci mostra la sua debolezza,
Senza il frutto della vigna avrebbe conosciuto lebbrezza?
Lavarizia senza loro? Senza Dio lempietà?
E la menzogna, infine, senza una verità?
Abiurate, credetemi, i vostri frivoli studi,
Facilmente confusi con delle similitudini,
Al più grossolano scoglio lerrore vha condotti.
Vedendo ad ogni passo, in questi differenti frutti,
Stessi fatti, stesse leggi, stessi nomi, stessi numeri,
Non avete avuto larte di discernere queste macerie.
Lo Zodiaco scritto in Henné, Tintyra.
I culti di ogni tempo avevano questo tipo.
Del numero impresso su di esso, la sorgente è eterna;
E il cerchio stesso ne offre il modello.
Cosa importano degli errori che le età correnti
Avrebbero visto introdursi nelle date dei tempi?
Un calcolo falso che adotta o produce lignoranza,
Delle basi non distrugge né loggetto né lessenza.
Salite dunque a queste leggi che non cambiano mai:
Lo spirito nella natura ama incidere i suoi tratti;
Da essa esattamente questimpronta è seguita;
La morte stessa non fa che copiare la vita.
Ma quando lo spirito vi raffigura queste grandi nozioni,
E vi riapre così le sante regioni,
Luomo ne fa la fiaccola dellerrore e del crimine,
E cammina costeggiando il nulla o labisso».
« Di loro: Voi, scrittori, illustri oratori,
Che venite, dite voi, a dissipar i nostri errori,
Ai più belli dei vostri diritti non potreste arrivare ?
Ciò che la poesia ha laudacia di simulare,
La vostra viva eloquenza ha diritto doperare.
In cattedra, cercate di non mai andare,
Che al solo nome di colui da cui proviene la parola,
I prodigi allor riempiendo la vostra scuola,
Sapranno della saggezza assicurar i progressi:
Così come un poeta istruisce di questi segreti,
Che dellarte di parlar sarebbe veramente loracolo,
Non farebbe un verso che non fosse un miracolo.
Sì, le nostre lingue potrebbero non avere che da benedirvi:
Ma se voi preferite farvi applaudire;
Se dellillusione essendo deglinterpreti,
Venite, fra noi, come i falsi profeti,
Rigirate la parola a vostro solo profitto;
Oppure dite in suo nome ciò chessa non ha detto,
Le vostre parole un giorno vi saranno imputate,
O, come un falso metallo, esse saranno trattate ».
Di alluomo dabbene: cammina con il cuore infranto;
Gemente sul male e incessantemente infiammato
Di zelo per il tuo Dio, damor per il tuo simile.
Del tuo padrone divino segui lesempio ineffabile.
Se tu sai come portargli tutti i tuoi desideri
Verso lopera di tuo padre, e vivere di sospiri,
Perché egli guardi luomo e perché lo guarisca,
Allora riempiendoti dello spirito di giustizia,
niun ti toccherà senza turbar la tua fede,
E senza far uscir una virtù da te ».
Qui, sia il potere della mia dolce speranza;
Sia che questi grandi destini si mostrassero anticipatamente;
Sembrai presentire che a dei flagelli spaventosi
Sarebbero successi per noi dei momenti più felici.
Credetti di veder la saggezza assisa su di un trono,
Ricordar dei nostri giorni ciò che vide Babilonia,
Allorché al centro di un campo, la voce dEzechiele,
Fece rivivere e camminare tutti i morti dIsraele.
Credetti di sentir che infine questa santa saggezza
Adempiendo per noi la sua divina promessa,
Ci avrebbe restituito i nostri tesori, da Babele strappati;
Chessa avrebbe rianimato tutte le nostre ossa disseccate;
Che luomo sarebbe rinato, che le tribù prigioniere,
mediante lui, del vero Giordano avrebbero riguadagnato le rive;
E che Gerusalemme avrebbe rivisto i suoi figli.
« Sì, mi disse Alexis, avranno luogo quei tempi,
In cui luomo rientrerà nella terra promessa.
Al vero Dio, dal suo braccio, essa sarà sottomessa:
Ma annuncia ai mortali chessi non labiteranno
Che per quanto per il lor padrone la coltiveranno ».
Queste parole sono le ultime che Alexis fece sentire.
Quandebbi lodato i cieli, quandebbi benedetto la sua cenere,
Del tutto pieno di questo fuoco che bruciava nel mio seno,
Del mio quieto tetto ripresi il cammino,
Sperando in segreto che queste sane luci
Avrebbero trovato qualche accesso nel cuore dei miei fratelli.
LE CIMETIÈRE
D'AMBOISE
Par le
Philosophe Inconnu
J'aime à porter mes pas dans l'asile des
morts.
Là, mourant au mensonge, il me faut moins
d'efforts
Pour comprendre leur langue et saisir leur
pensée
Car les morts ne l'ont pas, cette idée
insensée,
Que tout s'éteint dans l'homme. En eux, tout
est vivant.
Pour eux, plus de silence. Autour d'eux l'on
entend
Les sanglots du pécheur; les fureurs de
l'impie ;
Les cantiques du sage ; et la douce harmonie
De ceux dont l'amitié, le zèle et la vertu
N'ont formé qu'un seul coeur pendant qu'ils ont vécu.
Homme, c'est ici-bas qu'il a pris la
naissance,
Ce néant où l'on veut condamner ton essence ;
Et c'est ta propre erreur qui lui sert de
soutien.
Tu sais tout !
Tu peux tout ! Et tu peux n'être rien !...
N'être rien !...
Et saisir et juger la lumière !...
Laisse à l'homme égaré ces rêves de
Nous n'étions qu'assoupis dans nos corps
ténébreux.
Qaund le temps nous arrache à leurs débris fangeux,
L'heure qui nous réveille est une heure
éternelle.
Ô Juste, quels transports ! Quel splendeur nouvelle !
Tu prends un autre corps, au creuset du tombeau
;
Un vif éclat, toujours plus brillant et plus
beau ;
Un coup d'oeil plus
perçant; une voix plus sonore ;
Un coeur même
plus pur. Ainsi quand j'évapore
Ces fluides grossiers où le sel est captif,
Son feu reprend sa force et devient plus actif.
Sur ce tertre, voisin du lieu qui m'a vu
naître,
J'errais seul. Nos tombeaux, pour ce site
champêtre,
M'inspiraient un attrait doux et religieux.
Sage Burlamaqui,
c'est non loin de ces lieux,
Que tu sanctifias l'aurore de mon âge;
Qu'un feu sacré, sorti de ton profond ouvrage,
Agitant tout mon corps de saints
frissonnements,
De la justice, en moi, grava les fondements :
Faveurs, dans mon printemps, si neuves, si
divines !
Mais qui cachaient, hélas de cuisantes épines
!
Le temps les fit éclore. Aussi je méditais
Sur nos jours de douleur. Pensif, je mesurais
Ce long aveuglement qu'on appelle la vie.
Quels tourments !
Quels dégoûts ! Dans ma mélancolie,
Je ne distinguais rien. Tout autour de ces
champs,
A peine je voyais ces jardins élégants,
Où Choiseul déploya
le faste et l'opulence,
Ces modestes rochers qu'habite l'indigence ;
Ce célèbre château qui vit naître autrefois
Les malheurs trop fameux du règne des Valois.
Un deuil me semblait même, Ô plaintive
nature,
Voiler tous ces trésors, dont tu fais ta
parure ;
Ces moissons, ces forêts, ces animaux épars,
Ce fleuve, ce beau ciel offert à mes regards.
Heureux qui peut encore, contemplant tes
ouvrages,
Y puiser chaque jour de sublimes images;
Et sachant y répandre un brillant coloris,
Attendrir tous les coeurs, en frappant les esprits !
Mais, homme, cher objet de ma sollicitude,
C'est toi qui m'interdis cette attrayante
étude ;
C'est ta main qui couvrit la nature de deuil,
Et qui fit de son trône un lugubre
cercueil ;
Et quand tout m'est ravi dans ce lieu de
détresse,
Ta raison, aggravant le chagrin qui me presse,
Veut encore me fermer le chemin de ton caeur,
Et laisser dans le mien s'isoler ma douleur.
Du sort, je comparais les différents
caprices,
Les succès, les revers, les biens, les
injustices,
En, aveugles, sortant de ses aveugles mains,
En aveugles, suivant les aveugles humains.
Triste, je me disais : sans une loi commune,
Qui seule balançât ces jeux de la fortune,
Et qui, nous unissant par un destin égal,
Dans notre obscurité, nous servît de fanal.
L'homme ne saurait plus quelle est son
origine;
Se croyant séparé de la source divine,
Il se créerait des Dieux et ses voeux imprudents,
Aux astres, au hasard, offriraient son encens.
Mais ce sévère arrêt qu'une loi souveraine
Prononce avec éclat, à la famille humaine ;
Ce décret qui ne dit qu'à nous : tu dois mourir;
Et que nous savons seuls avant de le subir,
A de pareils écarts, oppose sa barrière,
Et répand sur notre être une vive lumière.
La mort en nous forçant à la fraternité,
Veut peindre à notre esprit cette sainte
unité,
Où l'amour nous attend; où la piété brille ;
Où, dans un séjour pur, le père de famille,
Prodiguant des trésors sans cesse renaissants,
Se plaît à se confondre avec tous ses enfants
;
Et n'a rien qu'avec eux son coeur ne le partage.
De la nature ici prenons le témoignage :
Ton corps est le produit d'éléments
concentrés,
Qui de leur liberté semblent être frustrés.
Chacun d'eux, en quittant la forme corporelle,
Par degrés va trouver sa base originelle.
Si dans nous il existe un élément divin,
Pour lui la même loi mène à la même fin.
Nous venons des Dieux quand on nous décompose;
Et pour l'homme la mort est une apothéose.
Ainsi cette unité reparaît à nos yeux ;
Et si nous ne pouvons la voir que dans les
cieux,
Ici, dans ce décret, son image est présente.
Qui n'y verrait pas même une main bienfaisante
?
L'homme lit son arrêt dès ses premiers
instants,
Pour que, nouveau lévite, il médite
longtemps,
Dans ce livre sacré, les lois des sacrifices,
Et s'instruise à quel prix ils devenaient
propices.
Ces lois, dans l'animal, n'ont rien à
ranimer;
Il ignore sa mort, il ne sait pas aimer.
Que serait donc pour lui cette éloquente image
Dont il n'est pas admis à comprendre l'usage ?
Mais toi, mortel, mais toi qui, sous des
traits divers,
As vu cette unité dans l'homme et l'univers ;
Et ne peux rien toucher qui ne te la révèle,
Comment justifier ton erreur criminelle ?
Dans tes vastes projets, dans tes nobles
efforts,
Ta pensée est toujours l'idole de ton corps ;
C'est toujours à l'esprit que tu te sacrifies ;
Tu vas montrant partout des Dieux et des
Génies ;
Consacrant chaque objet, chaque jour, chaque
lieu,
Et divinisant tout enfin, excepté Dieu.
J'aborde en ces moments le temple funéraire :
Ô morts, consolez-moi dans ma tristesse amère
;
Je ne peux qu'à vous seuls confier mes
chagrins.
Ils ne me croiraient pas, les malheureux
humains,
Si je leur dépeignais leurs profondes
blessures.
Entiers à leurs dédains, entiers à leurs
murmures,
Que produiraient sur eux les larmes d'un martel
!
Là, mon penchant m'entraîne à prendre pour
autel,
Quelqu'un de ces tombeaux, dont l'enceinte est
remplie.
L'être dont la dépouille y dort ensevelie,
Devait servir d'offrande; une invisible main,
Sans doute, me guidait dans ce pieux dessein.
Mon choix ne tomba point sur ceux que la
naissance,
La fortune, l'orgueil d'une vaine science,
Avaient environnés d'un éclat emprunté ;
J'aurais craint que dans eux quelque
difformité,
Quelque tache n'eût fait rejeter mon offrande.
Pour l'avoir pure, ainsi que la loi le demande,
Un mouvement secret fit incliner mon choix
Sur le jeune Alexis, un humble villageois,
Qui, dans la piété, le travail, la misère,
Venait de terminer une courte carrière.
Ce nouveau Jérémie inonda de ses pleurs,
Ces champs où, chaque jour, il versait ses
sueurs ;
Ces champs où, maintenant, sa dépouille
repose.
Nos erreurs, nos dangers en étaient seuls la
cause.
Ce n'étaient point ses maux : il se trouvait content.
Malheureux journalier; mais actif, patient,
Malgré son infortune, on sait dans la
contrée,
Si jamais, dans son caeur, la plainte était entrée :
Chacun le regardait comme un ange de paix.
Les pauvres, fréquemment, éprouvant ses
bienfaits,
Recevaient de sa main sa propre subsistance.
Et quand nous lui disions : Alexis, la prudence
Te permettrait d'agir moins généreusement,
Le sensible Alexis répondait en pleurant,
Ainsi que cet Indien au bon missionnaire :
Voyez que Dieu par-là devient mon tributaire.
Tel était cet agneau qui, par moi, fut
choisi.
Dans le zèle brûlant dont mon coeur est saisi,
Et quel zèle jamais parut plus
légitime !
En esprit, près de moi, je me peins la victime
;
Je la prends, la prépare et la mets sur
l'autel ;
Ma main l'arrose d'huile et la couvre de sel ;
Mes désirs et mes pleurs me servent d'eau
lustrale.
Et bientôt de mon sein, un long soupir
s'exhale :
« Dieu d'amour et de paix, qui dans l'homme as
semé
Des germes de ta gloire et qui ne l'as formé
Que pour les cultiver; par toi, je te conjure
De te rendre à mes voeux, si la victime est pure.
Ces morts qui sont ici, qui, de leurs tristes
jours,
Sous l'oeil de
ta justice, ont accompli le cours,
Ne pourraient-ils servir aux plans de ta
tendresse !
Pour guérir tes enfants, ô profonde sagesse,
Tout n'est-il pas au rang de tes puissants
moyens !
Levez-vous, morts, ô vous, mes vrais
concitoyens ;
Dieu le permet, quittez le séjour de la vie ;
Revoyez un instant votre humaine patrie,
Vos amis, vos parents ; que tous, dans ces cantons,
Par vous, de la sagesse, apprennent les leçons
!
Le sépulcre, en s'ouvrant à leurs fragiles
restes,
Un jour, engloutira leurs passions funestes.
Ils y verront dormir, auprès de l'assassin,
Ceux à qui sa fureur aura percé le sein ;
L'indigent famélique à côté de l'avare
Qui l'aura repoussé dans son dédain barbare ;
A côté de l'ingrat son zélé bienfaiteur,
Et l'innocent auprès de son persécuteur.
Venez leur exposer ces tableaux prophétiques ;
Présentez aux vivants ces leçons pacifiques,
Et que tous, dès ce monde, en soient autant
d'amis. »
Une voix, que je prends pour celle d'Alexis,
D'en haut, sur mon autel, soudain paraît
descendre ;
Jusqu'au fond de mon coeur elle se fait entendre ;
Je l'écoutai parler, rempli d'un saint effroi ;
Elle semblait me dire : « Ami,
rassure-toi,
Tes voeux sont
purs ; le Dieu d'amour et de justice,
D'un regard favorable a vu ton sacrifice.
Jusqu'au plus haut des cieux ton encens est
monté ;
Et ce ne sera point à ta seule cité
Que les morts prêteront leur appui salutaire.
Un jour ils parcourront tous les lieux de
Pour aider son courage en des temps
désastreux.
L'iniquité s'accroît ; ces sons injurieux,
Ces blasphèmes sortis du sein de l'arrogance,
Bientôt, du ciel lui-même, armeront la
puissance.
Dans ces jours malheureux, partout l'air
gémira ;
Les astres pleureront ; le marbre se plaindra ;
Par la force du feu les eaux seront taries ;
Par la force des vents naîtront mille
incendies,
Tous les volcans du globe à la fois vomiront ;
Les éléments en guerre, entre eux se
heurteront ;
Tous prendont la
parole et d'effroyables signes,
Aux méchants apprendront de quel sort ils sont
dignes.
Alexis qui t'annonce aujourd'hui ces fléaux,
Vivant, n'était pas seul à pleurer tous ces
maux ;
Et même il compte encore dans les murs de ta
ville,
Trois frères de douleur. Il en compterait
mille
Qui veillent dans
On peut dire, aucun lieu, qui n'ait part à ce
don.
Dieu ne surprend jamais et sa bonté suprême,
Sans relâche, aux mortels peint leur péril
extrême ».
« Toi donc, qui rends les morts témoins de tes
tourments,
Que tes larmes aussi s'adressent aux vivants ;
Que l'homme du torrent entende ton langage ;
L'oeuvre est grande :
elle doit enflammer ton courage.
Elle est ta récompense. Heureux d'avoir
goûté
La soif de la justice et de la vérité !
La sagesse te voit : sa bonté paternelle,
Dans son esprit de paix, dirigera ton zèle ».
Ce discours, mes désirs, celui qui me
parlait,
Tout, dans moi, faisait naître un feu qui me
brûlait,
Mais d'une flamme au monde, hélas, trop
inconnue.
Ma langue était muette. Alexis continue :
« Aux doctes de
Dans leur cceur,
s'il se peut, fais passer tes douleurs :
Qu'ils pressentent par-là cette époque future
! »
« Dis-leur :
Vous qui veillez auprès de la nature,
Le compas à la main ; vous, dont les arts divers
Savent peser, nombrer,
mesurer l'univers,
Croyez-vous que celui dont il tient la
naissance,
Se borne à demander à votre intelligence,
D'en tracer la figure ? A vos puissants crayons
N'en aurait-il offert que les dimensions ?
Et n'êtes-vous chargés par lui que de
décrire
Les murs de ce palais, qu'il se plût à
construire ?
Quel artiste pourrait limiter ses succès,
En peignant des héros, à crayonner leurs
traits ?
Ne s'efforce-t-il pas de nous montrer tracées,
Leur âme tout entière et leurs grandes
pensées,
Afin qu'en nous charmant par ce magisme doux,
Leur esprit nous attire et s'unisse avec nous ?
Et celui qui du monde ordonna la structure,
Ne trouverait chez vous ni peintre, ni peinture
!
Non, ces majestueux et sublimes desseins
Qu'il conçut en formant cette oeuvre de ses
mains,
Ces ressorts animés de la nature entière,
Ce mot d'ordre que l'homme, au sein de cette
Terre, Prend de Dieu chaque jouri'ce signe
solennel
Qu'il doit la préserver au nom de l'Éternel :
Savants, c'était à vous d'exposer ces
merveilles ;
Voilà ce que sa gloire attendait de vos
veilles.
Mais que lui revient-il de vos descriptions ?
Tandis que vous venez par vos longues leçons,
Sans nourrir nos esprits, charger notre
mémoire,
Il reste sans couronne et jeûne de sa gloire ».
« Et la triste nature en proie à tous les maux ;
Elle qui de vos soins attendait le repos ;
Que l'homme a pu plonger dans le deuil et la
gêne,
Est-ce en pesant ses fers, est-ce en toisant sa
chaîne,
Que vous ramènerez ses jours de liberté,
Et la consolerez de sa viduité ?
Le flambeau du soleil, s'il brille dans le
monde,
C'est moins pour l'éclairer, que pour qu'il le
féconde ».
« Dis-leur :
Cet univers qui, malgré sa langueur,
Est votre seul moyen pour prouver son auteur,
Ne nous montre de Dieu que la moindre
puissance.
Son amour, sa sagesse et son intelligence,
Nous les ignorerions si notre être divin
Ne servait de miroir à ce Dieu souverain;
Et c'est vous qui deviez, dans ce miroir
fidèle,
Nous indiquer les traits du suprême
modèle ;
Mais cet homme, votre oeil n'y voit qu'obscurités ;
Vous n'avez pas encore pesé ses facultés :
Vous prétendez tantôt, que l'idée est innée
;
Tantôt, que par les sens elle nous est
donnée.
L'idée, objet profond qui vous divise tous,
N'est pas innée en vous, mais à côté de
vous.
Ces animaux, ces fruits, dont la plus pure
essence,
Vous prêtant son concours, soutient votre
existence,
Sont aussi comme innés auprès de votre corps.
Sont-ils innés en lui ? Non, mais grâce aux ressorts,
Dont la sage nature a pourvu vos viscères,
Ces substances pour lui ne sont point
étrangères.
Ses sucs avec leurs sucs
se peuvent allier,
Et votre sang enfin se
les approprier :
De vos doutes par-là les
bornes sont fixées.
Vous naissez, vous vivez
au milieu des pensées ;
Et ce qui vous fait
homme, est le droit merveilleux
D'admettre en vous ces
fruits ; de former avec eux
Un doux lien, fondé sur
votre analogie ;
D'aller, avec ce titre,
aux portes de la vie,
Vous faire délivrer ce
pain de chaque jour,
Qui sans cesse renaît
dans l'éternel amour.
Mais surtout faites-vous
un esprit assez sage,
Pour discerner les fruits
dont vous faites usage,
Combien de fruits peu
mûrs, corrompus, vénéneux !...
Les sables de la mer ne
sont pas plus nombreux ».
« Dis-leur:
L'homme est bien grand, son esprit vous pardonne
La méprise où, sur lui,
le vôtre s'abandonne :
Il ne s'offense point des
cris d'un peuple enfant.
Tandis que votre voix le
condamne au néant,
Il pense, il s'affranchit
du joug pesant des heures ;
Il parcourt librement les
célestes demeures,
Ces lieux où le bonheur
ne se suspend jamais.
Quand il s'est rajeuni
dans ce séjour de paix,
Il revient contempler ces
étonnants prodiges,
Dont l'univers au sage
offre encore des vestiges ;
Avec l'aveu du maître il
peut les approcher;
Il a droit de les voir ; même de les toucher,
De les électriser par sa
vive influence,
Et d'en faire jaillir des
traits de sa puissance ».
Dis-leur : Vous voyez là le culte souverain,
Qui du suprême amour,
fut la première fin.
Quand ce germe fécond
reçut l'ordre d'éclore,
Les livres, les écrits
n'existaient pas encore.
Il est le texte mère, et
les traditions
N'en sont que des reflets
et des traductions.
Ce culte fut fondé sur
l'homme et la nature.
C'est un appareil vif,
calqué sur la blessure ;
Et de la guérison étant
le vrai canal,
Il dut prendre
l'empreinte et les formes du mal.
D'abus fait en son nom,
un torrent nous inonde :
Mais vous qui vous donnez
pour les flambeaux du monde,
N'allez plus répétant
que tout culte pieux,
N'est et ne fut jamais
que superstitieux.
Les bases désormais en
sont justifiées :
Si le monde est rempli
d'erreurs sanctifiées,
Si partout l'imposture
ajoute à ces abus,
Chaque écart, de leur
source, est un témoin de plus :
L'homme qui, chaque jour,
nous montre sa faiblesse,
Sans le fruit de la vigne
eut-il connu l'ivresse ?
L'avarice sans l'or ? Sans Dieu l'impiété ?
Et le mensonge, enfin,
sans une vérité ?
Abjurez, croyez-moi, vos
frivoles études,
Aisément éblouis par
des similitudes,
Au plus grossier écueil
l'erreur vous a conduits.
Voyant à tous les pas,
dans ces différents fruits,
Mêmes faits, mêmes
lois, mêmes noms, mêmes nombres,
Vous n'avez pas eu l'art
de trier ces décombres.
Le Zodiaque écrit dans
Henné, Tintyra.
Les cultes de tout temps
avaient ce type-là.
Du nombre empreint sur
lui, la source est éternelle ;
Et le cercle lui-même en
offre le modèle.
Qu'importent des erreurs
que les âges roulants
Auraient vu se glisser
dans les dates des temps ?
Un calcul faux qu'adopte
ou produit l'ignorance,
Des bases ne détruit ni
l'objet, ni l'essence.
Montrez donc à ces lois
qui ne changent jamais :
L'esprit dans la nature
aime à graver ses traits ;
Par elle exactement cette
empreinte est suivie ;
La mort même ne fait que
copier la vie.
Mais quand l'esprit vous peint ces grandes
notions,
Et vous rouvre par-là les saintes régions,
L'homme en fait le flambeau de l'erreur et du
crime,
Et marche en côtoyant le néant ou l'abîme. »
« Dis-leur :
Vous, écrivains, illustres orateurs,
Qui venez, dites-vous, dissiper nos erreurs,
Aux plus beaux de vos droits ne pourriez-vous
atteindre?
Ce que la poésie a l'audace de feindre,
Votre vive éloquence a droit de l'opérer.
Dans la chaire, tâchez de ne jamais entrer,
Qu'au seul nom de celui d'où provient la
parole,
Les prodiges alors remplissant votre école,
Sauront de la sagesse assurer les progrès :
De même qu'un poète instruit de ces secrets,
Qui de l'art de parler serait vraiment
l'oracle,
Ne ferait pas un vers qu'il ne rit un miracle.
Oui, nos langues pourraient n'avoir qu'à vous
bénir :
Mais si vous préférez de vous faire
applaudir;
Si de l'illusion étant des interprètes,
Vous venez, parmi nous, comme les faux
prophètes,
Détourner la parole à votre seul profit;
Ou bien dire en son nom ce qu'elle n'a point
dit,
Vos paroles un jour vous seront imputées,
Ou, comme un faux métal, elles seront
traitées. »
« Dis à l'homme de bien : Marche le coeur brisé
;
Gémissant sur le mal et sans cesse embrasé
De zèle pour ton Dieu, d'amour pour ton
semblable.
De ton maître divin suit l'exemple ineffable.
Si tu sais comme lui porter tous tes désirs
Vers l'oeuvre de
ton père et vivre de soupirs,
Pour qu'il regarde l'homme et pour qu'il le
guérisse,
Alors te remplissant de l'esprit de justice,
Nul ne te touchera sans émouvoir ta foi,
Et sans faire sortir une vertu de toi. »
Ici, soit le pouvoir de ma douce espérance ;
Soit que ces grands destins se montrassent
d'avance ;
Je semblai pressentir qu'à des fléaux affreux
Succéderaient pour nous des moments plus
heureux. J
e crus voir la sagesse assise sur un trône,
Retraçant de nos jours ce que vit Babylone,
Lorsqu'au milieu d'un champ, la voix d'Ézechiel,
Fit revivre et marcher tous les morts
d'Israël.
Je crus sentir qu'enfin cette sainte sagesse
Accomplissant pour nous sa divine promesse,
Nous rendrait nos trésors, par Babel arrachés
;
Qu'elle ranimerait tous nos os asséchés ;
Que l'homme renaîtrait ; que les tribus captives,
Par lui, du vrai Jourdain,
regagneraient les rives ;
Et que Jérusalem reverrait ses enfants.
« Oui, me dit Alexis, ils auront lieu ces temps,
Où l'homme rentrera dans la terre promise.
Au vrai Dieu, par son bras, elle sera soumise :
Mais annonce aux mortels qu'ils ne
l'habiteront
Qu'autant que pour leur maître ils la
cultiveront. »
Ces mots sont les derniers qu'Alexis fit
entendre.
Quand j'eus loué les cieux, quand j'eus
béni sa cendre,
Tout rempli de ce feu qui brûlait dans mon
sein,
De mon paisible toit je repris le chemin,
Espérant en secret que ces saines lumières
Trouveraient quelque accès dans le coeur de mes frères.